C'est l'histoire d'un père, roi de son état, et de ses fils. Inégalé le père, victorieux sur tous les fronts, héros magnifique, adulé par la foule. Ses fils l'admirent, Dieu qu'ils l'admirent oui, mais comment devenir un homme quand votre père est l'incarnation virile par exellence?
Il faudrait le tuer pour accéder à son tour au trône. Impossible! Tuer ce qui vous est le plus cher, jamais! Bien sur, le roi a prévu d'abdiquer... mais le symbole persiste, tout-puissant.
Le père est connu pour être peu bavard, pas le genre à organiser une thérapie de groupe pour soutenir ses gamins. Mais il les aime, ses gosses, et il sent bien, à voir tous ces torses postpubères et ces mollets velus, qu'il est temps de leur faire une place. Il ne dit rien, réfléchit.
L'occasion est toute trouvée: les jeux de l'Olympe.
Comme d'habitude, il emmène ses petis gars sur le terrain, lui en tête. Les fils tentent de faire de leur mieux, d'autant qu'ils voient bien que leur père commence à prendre de l'êge, court moins vite.
Mais bon, pas question de l'égaler. Tant su'il sera là, ses fils ne pourront pas donner leur maximum. Alors (acte manqué pour les laisser plus libres?), il se fait exclure du jeu.
Oh, la consternation, l'accablement.
Il fait sauver le soldat papa, menacé de ne plus jamais fouler un terrain de combat.
Les fils, soudainement et étrangement libérés d'un poids, unissent leurs forces et vont voir leur père:
"Tu seras là au prochain jeu, nous en faisons le serment."
Et ils entrent dans la bataille, courent, dribblent, suent et... gagnent le retour paternel dans l'arène.
Maintenant ils sont d'égal à égal, ils lui doivent tant à ce père mais, lui aussi désormais, leur sera redevable de l'avoir sauvé.
Quel beau jour que celui là, quel magnifique spectacle que de les voir à nouveau réunis, le père et ses fils.
A l'unisson, habités d'une force hors du commun, toute rivalité évanouie. Au tout début, ils hésitent, la nouvelle configuration familliale les dstabilise, l'adversaire en profite. Et puis soudain, c'est l'embrasement. Deux des fils, dont le plus jeune de la tribu, réalisent un exploit hors du commun.
Le père est heureux, les fils aussi.
La victoire est là.
La liesse est telle que personne ne remarque une petite moue crispée chez le roi: eh, les jeunot, faudrait pas non plus m'enterrer trop tôt!
Alors, serein d'avoir accompli son devoir paternel, le vieux roi, à la quatre-vingt-douzième minute, marque.
Un tir sublime.
Comme au temps de sa jeunesse.
Qu'importe désormais l'issue des prochains combats, le vrai but à été atteint.